SUR LA CONVERSATION

Fourmi parmi les fourmis, j’ai toujours envié celles qui savent faire la conversation. Durant les huit années où j'ai exercé le métier de commerçante je n'ai rencontré que 3 personnes vraiment douées pour la conversation. Seulement trois personnes en presque huit ans. C’est un talent rare.


« Rien de plus attrayant pour les esprits d’élite qu’une conversation libre, intéressante, animée, où chacun parle avec franchise, sincérité, et parfois avec éloquence. Là point de confusion, point de rivalité ; la parole est à qui veut la prendre ; mais jamais la conversation ne languit. Chacun trouve dans ses souvenirs et dans ses connaissances quelque chose qui plaît et captive. Tous les sujets sont traités à leur tour, sinon avec profondeur, du moins avec justesse et bonne foi. Une saillie succède à un mot sérieux, un mot sérieux à une saillie. Tous contribuent pour leur part au plaisir général ; et, à chaque instant, il jaillit de la discussion des étincelles qui brillent en éclairant. »

On veut en être, non? Ce n'est pas d'hier qu'on étudie l'éloquence. Cet extrait du Cours élémentaire de rhétorique et d’éloquence a été publié en 1866. Il est rendu disponible par l’Observatoire de la vie littéraire de la Sorbonne, rien de moins. Comme quoi c'est un sujet sérieux. Tellement sérieux que l’éloquence, quand elle s’écoute parler, est d’un ennui! Ce qui me rassasie ce n’est pas tant l’éloquence que la joute.


On se rend chez des amis, on pense que le contexte fera lever la conversation, comme dans le film Le Festin de Babette. C'est un vœux pieux ça ne marche pas : le nombre de fois où je suis revenue déçue de soirées entre amis où la bouffe avait été bonne, le vin bien choisi et abondant, les gens amicaux. Mais la soirée au final me semblait sans substance.


Il me revient pourtant en mémoire un souper il y a longtemps. Je me souviens des fous rires et du plaisir, tellement, mais pas du tout des sujets. Que s’est-il passé de particulier à cette soirée :

  • Nous étions amis. Pas des amis de toujours mais solidaires : quoi qu’il arrive nous savions pouvoir compter les uns sur les autres en tout temps.

  • Beaucoup de simplicité dans la bouffe et le vin. Le repas servait de prétexte pour nous voir.

  • Nous n’étions pas en compétition : tous en couple avec de jeunes enfants, tous au boulot, tous locataires.

  • Nous n’avions pas spécialement les mêmes centres d’intérêt ni n’étions dans les mêmes sphères de travail.

Alors qu’est-ce qui crée la magie? Je lance des pistes je réfléchis tout haut :

  1. La franchise, la sincérité, la simplicité? Si être vrai, simple et bienveillant suffisait je serais douée pour la conversation, et plusieurs de mes amis le seraient aussi.

  2. La confiance, le sentiment de ne pas être jugé? Ça doit aider c’est sûr.

  3. Une sensibilité envers l’autre, l’envie de se laisser toucher par l’autre: une saine curiosité?

  4. L’absence de rivalité, se lancer la balle, sans l'objectif de compter des buts?

Il faut un peu de tout ça j’imagine pour bien faire la conversation. Et de la bonne volonté. Et de la pratique! Quand j’y repense, le boulot de ces trois spécimens rares que j'ai rencontrés était relié de très près aux relations publiques : de là à dire qu’il faut un talent inné pour savoir faire la conversation il n’y a qu’un pas… trop facile à franchir.



"À tout âge, parler à quelqu'un c'est l'affecter, dans le sens d'affectif." D'une conférence où Boris Cyrulnik nous

expliquait que même parler à un tout petit bébé contribue à lui construire un affectif sain, des lobes fronteaux musclés (traduction personnelle...).



TO DO: Apprendre à mieux faire la conversation. Si nous conversions?